Vues et perspectives
Dette émergenteÉquateur & Argentine : nouvelles dynamiques politiques et opportunités sur les obligations
Découvrez comment les recompositions politiques et la dynamique de réformes façonnent les opportunités et les risques sur les marchés frontières.
Author
Anthony Simond
Investment Director, Emerging Market Debt

Duration: 5 Min
Date: 07 janv. 2026
L’un des piliers — et des atouts — de notre approche de la dette frontière réside dans les visites de terrain et les échanges directs avec les principaux acteurs et décideurs. Le mois dernier, nous nous sommes rendus en Équateur et en Argentine. Voici ce que nous en retenons.
Équateur : remise à plat politique et solide pipeline de financement
Le récent référendum en Équateur a vu les électeurs rejeter les quatre propositions soumises par le président Noboa, allant de l’autorisation de bases militaires étrangères sur le sol équatorien à des modifications du financement des partis politiques.
Si ce résultat constitue un revers pour son administration, il réduit néanmoins la volatilité politique à court terme jusqu’aux prochaines élections locales et présidentielles prévues en 2027 et 2029. Pour les investisseurs, l’issue est perçue positivement : elle écarte le risque de bouleversements constitutionnels et recentre l’agenda sur les réformes économiques et sécuritaires.
Paysage politique : une équipe jeune face à des vieux défis
Le gouvernement Noboa est jeune et relativement fermé, avec des ministres cumulant plusieurs portefeuilles et un cabinet largement issu de son cercle rapproché.
Si la popularité du président demeure élevée, ses détracteurs soulignent l’absence d’idéologie de long terme clairement définie. La communauté des affaires, notamment dans le secteur minier, se dit frustrée par des politiques jugées incohérentes et par un accès limité aux décideurs.
Cela étant, la majorité des observateurs s’attendent à ce que Noboa aille au terme de son mandat, avec l’espoir qu’il élargisse progressivement son équipe gouvernementale et renforce le dialogue avec le secteur privé.
Financement externe et discipline budgétaire : des perspectives encourageantes
Le ministère équatorien des Finances dispose d’un solide pipeline de financements externes, incluant des garanties apportées par la Banque interaméricaine de développement et la Banque mondiale, ainsi que des projets d’émission d’euro-obligations en 2026.
Le pays prévoit également de renforcer son positionnement ESG, avec de futurs financements adossés à des projets sociaux.
Les autorités restent engagées sur les objectifs du programme du Fonds monétaire international (FMI). Les ajustements budgétaires récents — notamment la hausse de la TVA et la suppression des subventions au diesel — devraient générer des économies structurelles.
Malgré certaines pratiques comptables créatives destinées à satisfaire les exigences constitutionnelles, le gouvernement comme le FMI demeurent confiants quant à la capacité du pays à atteindre ses objectifs budgétaires.
Conclusions pour les investisseurs : une opportunité à saisir, mais avec discernement
La défaite du référendum réduit le risque politique à court terme et favorise un environnement de politique économique plus stable.
Combinée à un financement externe solide et à des réformes budgétaires en cours, cette situation ouvre la voie à un resserrement des spreads en 2025.
Néanmoins, les risques d’exécution et de gouvernance persistent, rendant une approche sélective indispensable.
Argentine : élan réformateur, mais risques politiques persistants
La victoire nette du président Milei aux élections de mi-mandat lui ouvre la voie à des réformes budgétaires, fiscales et du marché du travail en 2026.
Face à une opposition fragmentée, le climat politique devrait être plus apaisé à court terme, soutenant la dynamique de réformes.
Perspectives de marché et de politique économique : décrypter les signaux de Buenos Aires
À court terme, les perspectives sont favorables. Le gouvernement reste fermement engagé en faveur d’un budget globalement à l’équilibre, et les échanges avec le FMI demeurent constructifs.
La gestion de la dette se concentre sur le refinancement des obligations arrivant à échéance en 2029 et 2030, avec la possibilité d’émettre de nouveaux titres — potentiellement assortis de garanties — afin de stimuler la demande.
En revanche, les modalités précises des prochains paiements d’euro-obligations et la stratégie d’accès aux marchés restent largement opaques.
Risques et défis : vieilles habitudes, nouveaux obstacles
À plus long terme, la prudence s’impose. La banque centrale (BCRA) est perçue comme une source potentielle d’erreurs de politique économique, notamment en matière de gestion du change et d’accumulation de réserves.
La dollarisation demeure un défi structurel, avec près de 250 milliards de dollars détenus en liquide hors du système bancaire, sans signe tangible d’évolution des comportements locaux.
Les investissements directs étrangers (IDE) restent pénalisés par un historique de contrats rompus, des régimes fiscaux instables, des contrôles de capitaux persistants et des infrastructures insuffisantes, en particulier dans le secteur minier.
Sur le plan géopolitique, l’influence de la Chine continue de croître, tandis que les États-Unis restent en retrait malgré leur récent soutien financier.
Conclusion pour les investisseurs : regain d'intérêt ou déjà-vu ?
La victoire de Milei crée un contexte favorable aux réformes et à un éventuel retour durable sur les marchés internationaux.
Cependant, les enjeux liés à l’exécution des politiques, à la dollarisation et aux IDE imposent une grande sélectivité et une approche prudente. Des opportunités tactiques peuvent émerger à court terme, mais les risques structurels demeurent élevés.
Pour aller plus loin…
Les visites de terrain offrent des enseignements impossibles à obtenir via de simples analyses tierces. L’Équateur et l’Argentine font tous deux face à des défis politiques et économiques, mais se situent à des stades très différents de leur trajectoire de réformes.
Pour les investisseurs, l’enjeu est de dépasser les gros titres : comprendre les dynamiques locales, la capacité d’exécution des politiques et la solidité des financements externes est essentiel pour naviguer sur ces marchés complexes.
Le discernement et la connaissance du terrain restent déterminants à mesure que les perspectives évoluent.
Nous continuerons de suivre de près les développements et d’ajuster nos positions au fur et à mesure que de nouvelles opportunités — et de nouveaux risques — apparaîtront.




