Vues et perspectives
Dette émergenteDette émergente : opportunités, risques et perspectives pour 2026
Quelles tendances au sein la dette émergente façonneront 2026 ? Découvrez où se situent les opportunités les plus solides, les risques à surveiller et pourquoi les investisseurs actifs pourraient tirer leur épingle du jeu.
Author
Siddharth Dahiya
Head of Emerging Market Debt

Duration: 9 Min
Date: 14 janv. 2026
Nous investissons dans la dette émergente depuis plus de 30 ans, avec une expertise approfondie aussi bien sur les marchés frontières à forte croissance que sur les économies émergentes plus matures – au niveau souverain comme au niveau corporate.
Alors, quelles sont aujourd’hui les opportunités, les risques, les innovations et les grandes tendances ? Découvrez-le à travers notre entretien approfondi avec Siddharth Dahiya, Global Head of EMD.
Q : Pourquoi les investisseurs devraient-ils s’intéresser à la dette émergente en 2026 et quelles sont les opportunités les plus attractives ?
La dette émergente aborde 2026 dans une position très favorable. L’ensemble de la classe d’actifs bénéficie de dynamiques positives. Par exemple, la dette souveraine en devise forte connaît une vague de relèvements de notation, mettant fin à une décennie de dégradations. Ce retournement témoigne d’une amélioration des fondamentaux et d’une résilience accrue de nombreuses économies émergentes.
La dette émergente en devise locale se distingue également. Malgré une certaine dépréciation récente, le dollar américain reste cher, ce qui rend les rendements des marchés locaux émergents particulièrement attractifs. Cet environnement offre aux investisseurs un double potentiel : revenus élevés et appréciation des devises – une combinaison relativement rare dans les marchés actuels.
Du côté des entreprises, les fondamentaux sont solides. Les bilans des sociétés émergentes sont à leur niveau le plus robuste depuis la crise financière mondiale, soutenus par une gestion prudente et des facteurs techniques favorables. La demande pour la dette corporate émergente dépasse actuellement l’offre, ce qui s’est traduit par des performances solides pour les investisseurs.
Les marchés frontières – de la reprise du Ghana portée par l’or aux avancées des réformes en Égypte – affichent également un réel potentiel. Beaucoup en sont sortis renforcés après les turbulences liées à la pandémie : discipline budgétaire accrue, réserves de change plus élevées et profils de dette plus soutenables.
En résumé, la dette émergente bénéficie de forces positives sur l’ensemble de la classe d’actifs, ce qui en fait une opportunité opportune et bien diversifiée pour les investisseurs.
Q : Comment anticipez-vous l’évolution de la dette émergente au cours des 12 prochains mois ?
Nous envisageons l’année à venir comme une période de dynamique progressive plutôt que de changements spectaculaires. Ce qui retient particulièrement notre attention, c’est l’intérêt croissant pour la dette en devise locale, notamment dans des marchés frontières auparavant peu suivis. Les investisseurs commencent à s’y intéresser, attirés par l’amélioration des fondamentaux et des rendements particulièrement attractifs.
Après plusieurs années de sorties nettes importantes, nous observons désormais un retour des flux entrants nets, signe d’un regain de confiance dans la classe d’actifs. Nous pensons que cette dynamique positive devrait se poursuivre dans un avenir prévisible.
Q : Quels marchés frontières offrent un potentiel spécifique et quels sont les risques associés ?
Les marchés frontières offrent un ensemble très diversifié d’opportunités, chacune portée par des dynamiques propres. Les risques sont ici moins liés à des chocs macroéconomiques globaux qu’à des facteurs spécifiques à chaque pays. Par exemple, certaines économies frontières restent très dépendantes des exportations de pétrole, ce qui les rend vulnérables aux fluctuations des prix.
Cette année, nous avons vu les États-Unis arrêter l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro. Le Venezuela est en défaut depuis 2017 et, bien que les obligations aient rebondi à l’annonce de cette nouvelle, elles continuent de s’échanger très en dessous du pair. La valeur de recouvrement finale de ces obligations pourrait toutefois être supérieure aux niveaux actuels, compte tenu du potentiel de hausse lié à un instrument adossé au pétrole.
Ailleurs, les raisons d’optimisme sont nombreuses. Prenons le Ghana : sa récente restructuration a été un succès, tandis qu’un boom de l’or a fait passer son compte courant en excédent et porté ses réserves de change à plus de 11 milliards de dollars. L’Égypte et le Nigeria méritent également l’attention, avec des dynamiques désinflationnistes et des rendements locaux élevés générant des taux réels attractifs.
Ainsi, l’univers des marchés frontières offre des opportunités sur toute la ligne : crédits en dollars ou en devise locale performants, mais aussi situations décotées avec un fort potentiel de redressement. La clé reste la compréhension fine de l’histoire et du profil de risque propres à chaque marché.
Q : Existe-t-il des stratégies thématiques à surveiller de près ?
Plusieurs thèmes structurent actuellement le paysage de la dette émergente. La distinction entre pays exportateurs et importateurs de pétrole demeure centrale, tout comme l’impact des droits de douane mondiaux et la tendance de fond vers le « nearshoring ».
Les évolutions géopolitiques, notamment une éventuelle résolution du conflit entre la Russie et l’Ukraine, pourraient être déterminantes. Un cessez-le-feu ou un accord de paix entraînerait probablement un soutien multilatéral et des investissements significatifs, en particulier en Ukraine. Cela pourrait également influencer les prix de l’énergie, au bénéfice des économies émergentes où les coûts énergétiques ont alimenté l’inflation.
Les droits de douane ont créé des gagnants et des perdants. Le Mexique, par exemple, devait bénéficier d’un accès préférentiel dans le cadre de l’accord USMCA, mais l’insuffisance des investissements de suivi a limité ces avantages. L’Inde, bien que confrontée à des droits de douane élevés, est moins affectée grâce à une économie relativement fermée et à des exportations axées sur des services exemptés de droits, plutôt que sur les biens.
Q : Comment équilibrez-vous l’exposition entre dette souveraine et dette corporate dans l’environnement actuel ?
Nous estimons que la dette souveraine comme la dette corporate ont toute leur place dans un portefeuille bien construit. La dette souveraine offre une dispersion de notations plus large, permettant d’accéder à des opportunités à rendement plus élevé, tandis que la dette corporate est généralement de meilleure qualité, avec une proportion plus importante d’émetteurs « investment grade ».
Les obligations souveraines ont en général une duration plus longue et sont donc plus sensibles aux variations de taux. Dans un contexte de baisse attendue des taux, elles pourraient surperformer. À l’inverse, les obligations corporate peuvent offrir un profil plus défensif lorsque les taux remontent ou que la volatilité augmente.
Les investisseurs peuvent combiner ces deux segments et ajuster leur allocation en fonction des conditions de marché et de leurs objectifs. Cette diversification permet de mieux maîtriser le risque et de capter des opportunités sur l’ensemble du spectre de la dette émergente.
Q : Quel rôle joue l’exposition aux devises dans la performance de la dette émergente et comment gérez-vous le risque de change ?
Les mouvements de change constituent un élément clé de la performance de la dette émergente, en particulier sur les marchés en devise locale. L’an dernier, l’appréciation des devises face au dollar a été un moteur majeur de performance. Les investisseurs peuvent bénéficier à la fois des gains de change et de la compression des rendements locaux. Si le dollar continue de s’affaiblir, la dette émergente en devise locale devrait rester attractive.
La gestion du risque de change est essentielle, notamment pour les émetteurs corporate. Nous analysons de près l’exposition des entreprises aux devises, en privilégiant celles disposant de couvertures naturelles, par exemple lorsque les revenus et les passifs sont tous deux libellés en dollars. En l’absence de telles couvertures, nous attendons des stratégies de couverture synthétique solides. In fine, tout est question de discipline et de résilience du portefeuille face à des mouvements de change brusques.
Q : Quel impact les évolutions de la politique monétaire mondiale, en particulier d’éventuelles baisses de taux, pourraient-elles avoir sur la dette émergente ?
Les baisses de taux mondiales constituent une excellente nouvelle pour la classe d’actifs. Des taux sans risque plus faibles renforcent l’attrait des marchés à rendement élevé comme les marchés émergents, incitant les investisseurs à rechercher davantage de portage. Lorsque les rendements des bons du Trésor américain diminuent, l’incitation à allouer aux marchés émergents augmente, ce qui soutient les flux et la performance.
Un assouplissement des conditions financières signifie également davantage de capitaux disponibles pour les économies émergentes, créant souvent un cercle vertueux d’investissement et de croissance. De plus, les baisses de taux exercent généralement une pression à la baisse sur le dollar, ce qui peut encore renforcer les performances des stratégies en devise locale.
Q : Quels sont les catalyseurs pour la dette émergente cette année ?
Ils sont nombreux : réformes nationales, restructurations réussies, évolutions géopolitiques… tous peuvent jouer un rôle clé. L’attention accrue des investisseurs et les flux entrants sont également déterminants. Bien que les marchés émergents représentent environ la moitié de la croissance mondiale, ils demeurent sous-représentés dans la plupart des portefeuilles. Un mouvement structurel vers une allocation plus importante aux marchés émergents pourrait libérer une valeur significative pour les investisseurs.
Q : Pour les investisseurs qui envisagent la dette émergente aujourd’hui, quelles sont les stratégies d’allocation à privilégier – gestion active ou passive, devise forte ou locale ?
La gestion active s’impose clairement. La classe d’actifs est hétérogène et idiosyncratique, et les données montrent que les gérants actifs surperforment de manière récurrente les approches passives. Dans un marché aussi complexe, la sélection de titres, l’analyse des risques et l’expertise pays apportent une valeur que les expositions passives ne peuvent pas reproduire.
Le choix entre devise forte et devise locale dépend du profil de risque. La devise locale offre un potentiel plus élevé mais s’accompagne d’une volatilité accrue, tandis que la devise forte peut jouer un rôle plus défensif, notamment dans les segments « investment grade ».
La bonne nouvelle ? Tous les segments de la dette émergente offrent des opportunités cette année, permettant aux investisseurs d’ajuster finement leurs allocations en fonction de leurs objectifs et de leur vision de marché.


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