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Finance durable : mesurer sans mécanisme

Ce qui m'a fait changer d'avis : la finance durable doit lier principe et prix.

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Head of Sustainability for Economic Infrastructure

Duration: 4 Min

Date: 10 juil. 2026

Mon premier emploi n’était pas dans la finance. Je travaillais dans l’évaluation environnementale, la conformité et la stratégie de durabilité pour des entreprises d’infrastructure. Certaines tâches étaient très concrètes, sur le terrain ; d’autres relevaient de ce qui ressemblait alors aux premières formes de stratégie climatique.

Cela continue de façonner ma manière de penser.

Le travail réglementaire — permis, études d’impact, suivi — était mené à bien. Non pas parce que tout le monde s’était soudain découvert une passion pour les tritons ou les émissions de carbone, mais parce que le cadre existait, que les conséquences étaient réelles et que les incitations économiques allaient dans ce sens.

Le travail stratégique était plus inégal. Certains rapports restaient lettre morte. Mais dès lors que je mettais en avant des éléments tangibles — efficacité des coûts, permis d’exploitation, anticipation réglementaire ou avantage concurrentiel — l’attention revenait immédiatement.

Ce fut une première leçon : le monde ne fonctionne pas sur de bonnes intentions ou le sentiment de « faire ce qu’il faut ».

Quand les bonnes intentions ne suffisent pas

La durabilité repose en grande partie sur des externalités. Les coûts sont bien réels, mais ils ne se reflètent pas toujours dans les flux de trésorerie de l’entreprise qui les génère.

La politique publique est le principal levier pour combler cet écart. Prix du carbone, réglementation, subventions, organisation des marchés : autant de mécanismes qui permettent de relier les enjeux de durabilité aux incitations économiques.

Dans le meilleur des cas, la finance durable intègre pleinement ce lien. Elle identifie les points de convergence entre impératifs environnementaux et objectifs financiers — ou ceux où politiques publiques et technologies pourraient les rapprocher à l’avenir.

Dans le pire des cas, elle se limite à une simple mesure, sans mécanisme.

Les limites des labels et des classements

C’est à ce niveau que, selon moi, le secteur a perdu en rigueur.

Trop de cadres d’analyse réduisent des réalités complexes à des scores, des labels ou des classements. Ils facilitent la comparaison, mais évacuent souvent la question essentielle : comment ce facteur se traduit-il en valeur ?

Si un risque climatique physique est significatif pour un actif, il doit se manifester quelque part : assurance, interruption d’activité, disponibilité, demande, financement, marges, investissements de résilience, valeur terminale ou taux d’actualisation.

S’il ne se rattache à aucun de ces canaux, il peut compter pour la société — mais pas nécessairement pour l’investissement. C’est toute la différence entre l’analyse et l’affichage.

Tous les facteurs de durabilité ne peuvent pas être mesurés précisément. Les canaux de transmission peuvent être incomplets, incertains ou encore peu matures. Mais la discipline reste la même : le marché ignore-t-il un risque ? le surestime-t-il ? ou n’intègre-t-il pas encore la manière dont politiques, technologies ou comportements peuvent en modifier l’impact économique ?

C’est précisément dans ces situations de valorisation imparfaite que le jugement devient déterminant.

Quand la durabilité rencontre la valeur

C’est pourquoi le devoir fiduciaire est central. Les gestionnaires d’actifs investissent dans le cadre d’objectifs et de mandats définis avec leurs clients. Sans mandat, ils ne peuvent pas assumer des risques non rémunérés pour poursuivre des objectifs qui dépendent d’une action collective.

J’ai toujours pensé que la durabilité devenait réellement tangible lorsqu’elle quittait le discours marketing pour entrer dans les décisions financières.

Nous y entrons progressivement. Moins de dépendance aux labels. Moins d’illusion que des objectifs de portefeuille puissent se substituer aux politiques publiques. Moins de confiance dans des scores agrégés. Davantage d’attention portée aux prix, aux incitations, à la clarté des mandats et à la pertinence économique.

La prochaine étape ne devrait pas être « post-ESG », mais « post-naïveté ».

« C’est pourquoi je suis plutôt optimiste quant à l’évolution actuelle. La prochaine étape ne devrait pas être « post-ESG », mais « post-naïveté ».

La durabilité revêt une importance capitale. Dans la finance, elle compte dès lors qu’elle modifie la donne économique. Je veux trouver ce lien, le tester, lui attribuer une valeur et agir en conséquence. Tout le reste n’est que mesure sans mécanisme.


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