Vues et perspectives
Infrastructures

Réalisme climatique : pourquoi l’investissement en infrastructures doit s’appuyer sur les politiques publiques

Une vision plus réaliste de la contribution des investisseurs à la transition vers une économie bas carbone.

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Un nouveau rapport du Financial Markets Group de la London School of Economics and Political Science (LSE) a suscité un vif débat au sein du secteur de l’investissement. S’appuyant sur des ateliers réunissant plus de 60 détenteurs et gestionnaires d’actifs représentant 50 000 milliards de dollars d’actifs, les chercheurs ont conclu que l’influence des investisseurs sur la décarbonisation à l’échelle de l’économie avait été surestimée. Selon eux, la décarbonisation sera principalement portée par les politiques publiques et la technologie. Les investisseurs peuvent soutenir la transition, mais ils ne peuvent pas se substituer aux politiques publiques par la seule allocation de capitaux, la gestion responsable ou les objectifs de portefeuille. 

Pour ceux d’entre nous qui investissent dans les infrastructures et les actifs réels, tout cela nous semblera familier.

Les investisseurs en infrastructures évoluent depuis longtemps au plus près des politiques publiques, de la réglementation et des infrastructures physiques, davantage que la plupart des autres acteurs du marché. Ces actifs ont une longue durée de vie, sont à forte intensité capitalistique et sont directement façonnés par les autorisations, la tarification et les cadres réglementaires. Le lien entre les politiques publiques et l'attractivité d'un investissement n'est pas théorique. C'est une réalité quotidienne tout au long du cycle d'investissement, de l'acquisition à la détention et à la gestion de ces actifs.

Les recherches de la LSE apportent des preuves et un langage pour exprimer ce que les professionnels des infrastructures comprennent depuis longtemps : les résultats en matière de climat dépendent avant tout de la politique et de la technologie. Le rôle des investisseurs consiste à allouer des capitaux et à gérer des actifs là où ces forces créent des opportunités d'investissement économiquement viables.

De bonnes intentions, un mécanisme inadapté

La tension au cœur des conclusions de la LSE est celle à laquelle les investisseurs en infrastructures sont régulièrement confrontés.

Le changement climatique est, en termes économiques, une externalité définie par les politiques publiques. Le changement intervient lorsque la réglementation modifie les fondamentaux économiques par le biais de la tarification du carbone, des normes d’efficacité énergétique, des incitations à l’électrification ou de la conception des marchés. En l’absence de telles mesures, les actions volontaires des investisseurs ou des entreprises ont peu de chances de résoudre le problème à l’échelle du système. Sur des marchés concurrentiels, attendre des entreprises qu’elles internalisent les coûts avant même l’adoption d’une réglementation crée des tensions avec le devoir fiduciaire et la compétitivité, tensions difficiles à maintenir.

Rien de tout cela ne justifie la passivité. Les investisseurs peuvent et doivent s’impliquer dans l’élaboration des politiques, soutenir les infrastructures de marché et veiller à ce que les risques significatifs soient correctement pris en compte dans les prix. Le point essentiel est que ces activités s’inscrivent dans le sillage de la politique, et non qu’elles s’y substituent.

Le défi est aggravé par le fonctionnement concret de la chaîne d’investissement. Les détenteurs d’actifs peuvent poursuivre des objectifs allant au-delà du rendement financier et intégrer ces objectifs dans leurs mandats. Les gestionnaires d’actifs occupent une position différente. Ils investissent dans le cadre de mandats, en situation de concurrence, et ont le devoir d’agir dans le meilleur intérêt de leurs clients. En l'absence d'un mandat explicite, il peut être difficile de justifier des coûts destinés à produire des effets systémiques dont la réalisation dépend également des actions d'autres acteurs.

Ce décalage entre l’ambition à l’échelle du système et l’autorité au niveau des mandats explique en grande partie le réajustement récent observé dans l’ensemble du secteur. Il ne s’agit pas d’un désintérêt pour le changement climatique, mais de la prise de conscience que la théorie du changement initiale s’appuyait trop sur les marchés et pas assez sur les politiques publiques. Lorsque les détenteurs d’actifs souhaitent des résultats climatiques allant au-delà d’une intégration financièrement significative, c’est dans le mandat qu’il convient de le préciser explicitement, et non par le biais de pressions implicites du marché ou de normes sectorielles.

En matière d’infrastructures, la théorie du changement a toujours été guidée par les politiques publiques.

La politique comme principe organisateur

Cela s’inscrit dans la lignée du concept d'« Embedded Sustainability » (durabilité intégrée) dont nous avons déjà parlé. Ce concept intègre les facteurs environnementaux lorsqu’ils sont financièrement significatifs et alignés sur les mandats des clients, tout en précisant clairement les limites de ce que les investisseurs et les entreprises peuvent réaliser sans cadres politiques favorables.

Dans le domaine des infrastructures, ces signaux politiques sont directement visibles. La tarification du carbone, notamment l’extension du système d’échange de quotas d’émission de l’UE aux transports et aux bâtiments, ainsi que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, sont en train de redéfinir l’économie des services essentiels. La réglementation en matière d’efficacité énergétique, les incitations à l’électrification et la réforme des procédures d’autorisation créent des voies de transition propices à l’investissement. Les programmes de capacité et de flexibilité renforcent également la diversification des revenus pour les plateformes capables de fournir des services système.

Nos plateformes de chauffage urbain en Finlande ont rapidement réorienté leurs sources de combustible lorsque la politique de sécurité énergétique et la tarification du carbone ont évolué de concert. Nos actifs de biométhane en Italie se sont développés lorsque les mesures d’incitation nationales se sont alignées sur les objectifs de sécurité énergétique, d’économie circulaire et de décarbonisation. Nos investissements dans le rail électrifié au Royaume-Uni et en Allemagne s’appuient sur des structures de concession à long terme et sur les engagements gouvernementaux en matière de décarbonisation. Dans chaque cas, la politique a créé les conditions ; nous apportons l’expertise, les capitaux et la gestion à long terme pour garantir la concrétisation des résultats attendus.

Comme nous l’avons souligné dans nos récents travaux sur la résilience, les opportunités les plus intéressantes pour les investisseurs émergent lorsque les politiques alignent la décarbonisation sur la sécurité énergétique et l’accessibilité financière, plutôt que d’imposer des compromis entre ces différents enjeux. C’est cet alignement qui rend la transition durable et qui distingue les actifs véritablement bien positionnés de ceux qui dépendent uniquement des subventions ou du sentiment du marché.

Un cadre climatique structuré

La conséquence logique d’une approche axée sur les politiques publiques est un cadre qui distingue les actifs en fonction à la fois de la crédibilité de leur transition et de leur viabilité économique, et non pas uniquement sur la base de leurs émissions actuelles. Nous appliquons un cadre climatique à quatre catégories tout au long des processus d’identification des opportunités, de diligence raisonnable et de gestion d’actifs. Celui-ci comprend :

Les actifs « échoués » qui présentent des risques liés à la transition ne pouvant être couverts de manière crédible. Ceux-ci sont exclus de l’univers d’investissement.

Les « actifs essentiels en transition », qui peuvent être à forte intensité d’émissions mais fournissent des services essentiels pour lesquels il n’existe aucune alternative viable à court terme. Ils disposent souvent de trajectoires d’amélioration créatrices de valeur, soutenues par les tendances politiques et technologiques. Bon nombre de nos investissements dans le chauffage urbain ont débuté dans cette catégorie. Plutôt que d’adopter une vision binaire de l’exposition aux combustibles fossiles, nous avons collaboré avec les équipes de direction pour élaborer des plans de décarbonisation crédibles. Aujourd’hui, ces actifs sont en bonne voie pour atteindre une production de chaleur zéro carbone d’ici 2030.

Les « facilitateurs à faible intensité carbone », qui sont intrinsèquement peu émetteurs. Ils fournissent des services essentiels pour lesquels la thèse d'investissement repose sur le caractère essentiel du service, la stabilité réglementaire et des flux de trésorerie prévisibles. De nombreux actifs liés à la transition et à la distribution entrent dans cette catégorie.
Les actifs alignés sur la transition qui soutiennent activement la décarbonisation grâce à des plans crédibles ou en permettant d’éviter des émissions. Ils sont évalués selon des critères structurés s’appuyant sur les définitions standard du secteur.

L’objectif de ce cadre n’est pas seulement de classer les actifs. Il s’agit de garantir que les risques et les opportunités liés au climat soient intégrés au processus d’investissement plutôt que de rester en marge de celui-ci.

Conclusion

Une convergence bienvenue s'opère aujourd'hui entre les enseignements de la recherche et la réalité de l'investissement en infrastructures. Si cette convergence se maintient, l’intégration des enjeux climatiques dans toutes les classes d’actifs s’appuiera de plus en plus sur le réalisme politique, la matérialité financière et une reconnaissance honnête de ce que les investisseurs peuvent et ne peuvent pas faire. Le segment inférieur du marché intermédiaire (lower mid-market) présente plusieurs avantages structurels pour mettre en œuvre cette approche. L’action est locale, les actifs sont physiques, la gouvernance est directe et les résultats sont mesurables. En 2026, le leadership climatique ne se mesurera pas à l’aune d’engagements plus retentissants. Il reposera sur une meilleure tarification, une meilleure gouvernance et un meilleur alignement entre ce que les investisseurs promettent et ce qu’ils sont réellement en mesure de fournir. 

Prochaines étapes

Capacités présentées

Nous proposons notre expertise en matière de placement pour toutes les grandes classes d’actifs, régions et marchés afin de permettre à nos clients de tirer parti des opportunités d’investissement partout où elles se présentent.