Vues et perspectives
Actions des marchés émergentsComment dompter le tigre technologique des marchés émergents
Gérer les risques liés à l’IA sans passer à côté des opportunités
Author
Alex Smith
Head of Equities Investment Specialists – Asia Pacific, Aberdeen
Contributors
Jack Grealy

Duration: 5 Min
Date: 05 nov. 2026
Les performances des marchés émergents ont été largement dominées par trois « tigres » technologiques : TSMC, Samsung Electronics et SK Hynix. La croissance rapide de ces géants des semi-conducteurs a profité aux investisseurs, mais elle a également rendu l’indice de référence de plus en plus dépendant d’un nombre restreint de valeurs.
Comme le dit l’adage, toute la difficulté lorsqu’on chevauche un tigre n’est pas de monter dessus, mais d’en descendre. Après plusieurs années de solides performances portées par la technologie, les récents épisodes de volatilité ont renforcé les inquiétudes des investisseurs quant au moment où il faudra finalement mettre pied à terre.
Le repli des valeurs liées aux équipements destinés à l’IA a encore alimenté le débat. Le cycle d’investissement actuel a déjà atteint une ampleur supérieure à celle observée à l’époque de la bulle Internet. Les investisseurs actifs devraient profiter des périodes de hausse pour prendre des bénéfices et diversifier leurs positions.
Mais il existe également de bonnes raisons de rester investis. Tout l’enjeu consiste à gérer les risques sans renoncer à une exposition à l’un des thèmes d’investissement les plus puissants de la décennie.
Mettre une selle au tigre
Les risques sont indéniablement plus élevés qu’en 2023, et même qu’au début de 2025, alors que la pression s’accentue sur les « hyperscalers » pour rentabiliser leurs investissements considérables. Les quatre plus grands hyperscalers américains, Amazon, Microsoft, Google et Meta, devraient désormais consacrer près de 700 milliards de dollars US à leurs dépenses d’investissement en 2026. La rapidité avec laquelle ces dépenses permettront de générer un rendement adéquat reste incertaine, d’autant que le modèle économique de l’IA est encore en pleine évolution.
Pour les fournisseurs asiatiques de matériel informatique, se concentrer uniquement sur le modèle économique des utilisateurs finaux risque toutefois de faire oublier une distinction essentielle entre les entreprises qui financent le développement de l’IA et celles qui fournissent les équipements nécessaires à son déploiement. Les propriétaires de centres de données et les fournisseurs de plateformes d’IA devront, à terme, générer un rendement suffisant sur leurs capitaux pour satisfaire leurs investisseurs et rembourser une dette croissante.
Selon nous, c’est là que réside le principal risque. À l’inverse, les entreprises qui fournissent les équipements nécessaires au développement de l’IA génèrent déjà des revenus. L’ampleur de la demande contractualisée joue également un rôle important. Dans l’ensemble de l’écosystème des hyperscalers, les engagements d’achat de matériel à long terme se chiffrent désormais en milliers de milliards de dollars US. Ces engagements offrent aux fournisseurs une meilleure visibilité sur leurs résultats et contribuent à réduire les risques associés à l’augmentation des capacités de production. Une réserve toutefois : ils n’éliminent pas le risque de surcapacité si la demande finale devait finalement décevoir.
Les dépenses d’investissement continuent de s’envoler
En termes simples, les dépenses d’investissement des uns constituent les revenus des autres.
Certains détracteurs citent les multiples de bénéfices corrigés du cycle comme preuve que ces entreprises sont déjà chères. Pourtant, ces indicateurs sont surtout pertinents pour évaluer des entreprises opérant sur un marché établi, dont les bénéfices fluctuent autour d’une tendance de long terme relativement stable. Le cycle actuel des semi-conducteurs associe une phase de hausse cyclique, alimentée par des contraintes de capacité, à une augmentation structurelle de l’importance économique du secteur, à mesure que l’adoption de l’IA s’étend aux applications destinées aux particuliers comme aux entreprises. L’analyse des valorisations doit donc distinguer des bénéfices temporairement à leur plus haut niveau de la possibilité d’un marché de revenus durablement plus important.
Le cycle devrait évoluer en trois phases. Premièrement, une rentabilité exceptionnelle tant que les capacités restent contraintes. Deuxièmement, une rentabilité en baisse mais toujours élevée à mesure que l’offre augmente. Enfin, des marges qui finiront par se normaliser vers leurs niveaux d’avant-cycle, mais sur une base de revenus nettement plus importante. Au cours de ce processus, ces entreprises devront déterminer comment répartir leurs bénéfices exceptionnels entre leurs actionnaires, les nouvelles capacités de production, leurs salariés et les investissements répondant aux priorités des pouvoirs publics.
Nous observons déjà les premières décisions en ce sens. Samsung Electronics a annoncé des distributions aux actionnaires d’environ 80 milliards de dollars US, tandis que SK Hynix a également présenté d’importantes mesures de restitution de capital. Les deux groupes semblent s’orienter vers une redistribution aux actionnaires de 50 % de leur flux de trésorerie disponible, parallèlement à des investissements substantiels dans les capacités de production et la rémunération des salariés. Ces annonces illustrent à la fois l’ampleur de la génération de trésorerie et l’importance d’une allocation rigoureuse du capital.
Dompter le tigre
Le deuxième défi concerne le risque de concentration. Nous détenons ces trois leaders technologiques dans un grand nombre de nos portefeuilles, mais notre alpha provient d’un éventail d’entreprises beaucoup plus large. Être exposé à ce cycle ne signifie pas nécessairement dépendre des trois mêmes valeurs pour générer des performances.
Les données relatives aux positions détenues montrent à quel point ces valeurs en sont venues à représenter le marché lui-même. Plus de 90 % des fonds actifs investis sur les marchés émergents détiennent TSMC, plus de 80 % détiennent Samsung Electronics et plus de 70 % détiennent SK Hynix [1]. En ce sens, les trois tigres technologiques constituent de plus en plus le bêta du marché. Pour les gérants actifs, l’opportunité consiste à compléter cette exposition par d’autres entreprises susceptibles d’offrir un profil de performance différencié, tout en prenant sélectivement des bénéfices afin de réallouer les capitaux vers d’autres opportunités sur le marché.
La récente volatilité doit être replacée dans son contexte. Les investisseurs exposés aux fournisseurs asiatiques de matériel informatique doivent rester attentifs à la concentration des performances et à des anticipations de bénéfices de plus en plus optimistes. Toutefois, tant que les prévisions de dépenses d’investissement continuent d’augmenter et que les hyperscalers conservent leur accès au financement, le cycle reste soutenu.
Pour les gérants actifs, la priorité consiste à gérer leur exposition avant que le marché ne les contraigne à mettre pied à terre. Pour nous, cela signifie prendre sélectivement des bénéfices, diversifier les sources d’alpha technologique et maintenir des tailles de position cohérentes avec les risques encourus. Les portefeuilles qui restent excessivement surpondérés dans la technologie finiront tôt ou tard par se retrouver face au tigre. Une diversification efficace contribuera à le dompter.
[1] Source : Copley Fund Research, août 2026
Les entreprises sont sélectionnées à titre purement illustratif afin de présenter le style de gestion décrit ici. Elles ne constituent ni une recommandation d’investissement ni une indication des performances futures.

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