Vues et perspectives
Obligations

Les obligations restent un repère sur des marchés volatils

Les signaux que les investisseurs ne devraient pas ignorer sur les marchés obligataires.

Lighthouse and a stormy sea

Duration: 6 Min

Ces dernières semaines, les marchés financiers mondiaux ont été tiraillés dans des directions opposées. Les indices boursiers ont fortement rebondi, grâce à l'amélioration des relations entre les États-Unis et l'Iran et à la bonne tenue des bénéfices. Mais les marchés obligataires anticipent toujours un niveau élevé d'incertitude. Cette divergence est importante. Les obligations ne réagissent pas simplement à l'actualité quotidienne ; elles indiquent que le « véritable » test de résistance macroéconomique – l'inflation et les contraintes politiques – est toujours en cours.

C'est une question de géopolitique

À première vue, la récente remontée des actions et le resserrement des spreads de crédit semblent rassurants. Les actifs risqués reflètent une perspective de croissance à moyen terme qui suppose que les chocs actuels s’atténueront.

Les marchés obligataires d'État brossent un tableau plus sombre. Des tensions persistent manifestement sur le marché : on le voit dans la hausse des taux d'intérêt à court terme et dans des courbes de rendement plus plates que prévu. Les rendements reflètent de plus en plus des perspectives façonnées par la géopolitique plutôt que par les données macroéconomiques.

Cela explique également pourquoi les obligations servent souvent d’indicateurs d’alerte précoce lors de crises géopolitiques. Les investisseurs obligataires sont contraints de faire face immédiatement aux risques d’inflation et d’approvisionnement. Les marchés boursiers peuvent se permettre de les ignorer plus longtemps.

Les courbes de rendement sont elles aussi dans le rouge. Jusqu’à fin février, la plupart des grandes économies voyaient l’inflation baisser lentement vers leur objectif. Le conflit entre les États-Unis et l’Iran a accru le risque de nouvelles hausses des taux d’intérêt, ce qui fait grimper les coûts d’emprunt à court terme. Les taux à court terme restent bien inférieurs aux taux à long terme, mais les signes d’inflation recommencent à se manifester. Le marché obligataire nous indique que les risques d’inflation sont toujours présents sous la surface. Les taux des bons du Trésor à dix ans restent bien au-dessus de la fourchette de 0,5 à 3% à laquelle nous nous sommes habitués au cours de la dernière décennie.

La volatilité reste un facteur clé

Il en résulte une divergence manifeste dans le comportement des différentes classes d'actifs. Les actions intègrent dans leurs cours des bénéfices résilients et un certain optimisme – renforcé par des épisodes répétés d'achats lorsque les marchés baissent. Les obligations d'État, en revanche, reflètent une incertitude à court terme concernant l'inflation et le risque politique. Les obligations de qualité « investment grade » et les obligations à haut rendement se situent actuellement plus près des actions. Les investisseurs restent optimistes quant aux prochaines années et profitent des rendements plus élevés actuels.

La volatilité reste un facteur important. Le graphique n° 1 compare la volatilité des taux d’intérêt au rendement supplémentaire offert par les obligations de qualité « investment grade » par rapport aux obligations d’État américaines au cours des cinq dernières années.

Les investisseurs exigent une prime de risque plus élevée en période de tension, car la volatilité accroît l'incertitude. Nous observons que cela se répercute sur le rendement supplémentaire exigé par les investisseurs pour le risque de crédit, même lorsque les fondamentaux en matière de défaut restent favorables.

Après un pic, la volatilité des taux d'intérêt a reculé par rapport à ses sommets atteints lors du choc initial lié à la guerre en Iran. Les marchés du crédit se sont améliorés et les primes de risque ont baissé en conséquence. Une certaine prudence est toutefois de mise, car le marché est susceptible de connaître un nouveau pic de volatilité si les prix de l'énergie restent élevés.  

Chart 1 – How bond spreads compare with market volatility estimates

Des instruments de diversification naturels

Les actions et les obligations sont souvent considérées comme des instruments de diversification naturels – pensez au portefeuille 60% actions/40% obligations privilégié par beaucoup. L'histoire offre toutefois un contexte important. Les actions et les obligations n'évoluent pas toujours de concert – cela dépend des facteurs qui animent les marchés à ce moment-là. Les tensions inflationnistes, en particulier, peuvent entraîner des fluctuations importantes de la corrélation entre actions et obligations. 

Chart 2 – US equity and bond correlation over time

Notre analyse des actions et des obligations d'État américaines (graphique 2) montre que l'avantage de diversification lié à la détention d'obligations par rapport aux actions tend à s'estomper lors de périodes de fluctuations importantes ou volatiles de l'inflation. Nous observons des signes similaires lorsque nous comparons le FTSE 100 et les Gilts sur le marché britannique. La diversification entre actions et obligations s’est améliorée lorsque l’inflation était faible ou inférieure aux objectifs des décideurs politiques – comme au milieu des années 2010. Mais nous avons constaté l’inverse après la crise financière mondiale, puis à nouveau lors du choc inflationniste post-Covid.

L'incertitude actuelle concernant l'inflation reste élevée, et la corrélation entre actions et obligations est fortement positive. Les avantages de la diversification pourraient s'avérer moins fiables, comme nous l'avons constaté ces dernières semaines. Dans ce contexte, les choix d'allocation d'actifs revêtent une importance accrue.

Que doivent faire les investisseurs aujourd’hui ?

Les rebonds brutaux des marchés ne signifient pas automatiquement que les risques ont disparu – nous ne sommes probablement pas encore sortis d’affaire. La divergence actuelle entre les classes d’actifs reflète des horizons temporels et des sensibilités différents, et non une résolution claire de l’incertitude. Pour les investisseurs évoluant dans un contexte volatil, il reste essentiel de prêter attention aux signaux émis par les marchés obligataires – même, ou surtout, lorsque les actions semblent calmes.

Nous pensons que les conditions actuelles offrent une opportunité d’augmenter l’exposition aux obligations. Le point de départ pour les obligations est nettement meilleur qu’il ne l’a été depuis de nombreuses années. Le rendement global proposé est très attractif, même si la prime de risque que vous percevez pour assumer le risque de crédit est relativement faible. Les obligations notées « investment grade » offrent un rendement supérieur à 5%, ce qui est bien au-dessus de la moyenne sur 10 ans. Cela offre aux investisseurs un potentiel de rendements totaux attractifs. Pour les investisseurs plus préoccupés par les risques de baisse, les obligations souveraines offrent également des rendements généreux, tout en présentant des caractéristiques plus défensives.

Conclusion...

Pour les investisseurs qui hésitent entre les obligations d'État et les obligations d'entreprises, la combinaison idéale dépend de votre appétit pour le risque et de l'orientation actuelle de votre portefeuille. Toutefois, l'essentiel reste vrai : les obligations offrent un équilibre entre revenu et protection bien plus attractif que ce qui était disponible pendant la majeure partie de la dernière décennie.

Dans un marché toujours dominé par le risque d'inflation géopolitique, nous pensons que les obligations – et non les actions – restent le moyen le plus fiable de maintenir son exposition aux marchés. Les stratégies de crédit « crossover » peuvent offrir un potentiel de rendements plus élevés, tout en maintenant les risques à un niveau plus modéré. Parallèlement, les stratégies à revenu amélioré peuvent aider les investisseurs à obtenir un revenu stable supérieur à celui des liquidités, avec une volatilité réduite.

Accèder à tous les articles